quelque soit votre degré de foi ou de pratique religieuse, vous êtes tous venus ce matin dans cette église par ce que vous recherchez, d’une façon ou d’une autre, la sainteté, qui est le vrai bonheur !
Vous avez accompli cette démarche librement, et pourtant, ce n’était pas sans l’inspiration de l’Esprit Saint, l’Esprit de Dieu qui nous attire mystérieusement à Lui.
Vous êtes venus entendre cet évangile, cette bonne nouvelle qui vous est adressée personnellement à chacun par le Seigneur Jésus.
Oui, vous êtes tous destinés à faire partie un jour de “cette foule immense que nul ne peut dénombrer, qui se tient debout devant le Trône et devant l’Agneau, vêtus de robes blanches, avec des palmes à la main.”
Oui, Dieu vous veut tous saints, comme Lui est Saint.
Lui seul peut le réaliser, mais il ne veut pas le faire sans nous.
Il veut notre participation consciente et généreuse.
C’est pour cela qu’il nous a fait le cadeau merveilleux du mode d’emploi de la sainteté dans ces huit béatitudes, qui ne sont pas autre chose finalement que la description profonde du Cœur humain du Christ. C’est Lui, Jésus, qui les a vécues à fond. Tout l’évangile en est une illustration continue.
Parce que nous avons tous le désir sincère de répondre à l’appel de Dieu à la sainteté,
il nous est bon aujourd’hui de reprendre une de ces Béatitudes pour la creuser,
et mieux comprendre comment laisser Jésus la revivre en nous.
Cette année, je veux considérer la 2ème béatitude : Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés.
Comme toutes les béatitudes, elle est apparemment paradoxale, elle va à contre-sens de la mentalité mondaine : comment peut-on oser proclamer heureux ceux qui pleurent ?
Et pourtant le Christ est formel !
Alors, voyons d’abord quand est-ce que le Seigneur Jésus a pleuré !
Jésus a pleuré son ami Lazare : Jean 11, 32-36
Marie-Madeleine arriva à l’endroit où se trouvait Jésus. Dès qu’elle le vit, elle se jeta à ses pieds et lui dit : « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. »
Quand il vit qu’elle pleurait, et que les Juifs venus avec elle pleuraient aussi, Jésus, en son esprit, fut saisi d’émotion, il fut bouleversé, et il demanda : « Où l’avez-vous déposé ? » Ils lui répondirent : « Seigneur, viens, et vois. » Alors Jésus se mit à pleurer. Les Juifs disaient : « Voyez comme il l’aimait ! »
Oui, Jésus est vraiment homme, il est même l’homme parfait.
Dans sa sensibilité humaine, il a été gagné par l’émotion et il a pleuré la mort de son ami Lazare,
il a partagé la peine de ceux qu’il aimait. Et les juifs ne se sont pas trompés en disant : Voyez comme il l’aimait ! Ce sont donc bien des larmes d’amour que Jésus a versées.
Heureux sommes-nous quand notre peine est à la mesure de notre amour !
Nos larmes, quand elles sont vraies, ne sont pas un signe de faiblesse, mais de grandeur dans l’amour.
N’ayons jamais honte de pleurer ainsi ! Un saint, c’est un homme qui a du coeur, et qui sait pleurer !
Le pire des malheurs est la dureté du coeur qui nous rend insensible à la peine des autres.
Comme Jésus, pleurons et partageons la peine des personnes très concrètes que nous croisons.
Et comme Jésus transforme les larmes de deuil en larmes de joie en rappelant Lazare à la vie,
nous aussi, inspirés par l’Esprit Saint, nous agirons concrètement pour redonner la vie et l’espérance autour de nous.
Jésus a pleuré sur la ville de Jérusalem Luc 19,41-44
En plein triomphe des Rameaux, lorsque tout le peuple juif le reconnaît et l’acclame comme messie,
Jésus pleure :
Lorsque Jésus fut près de Jérusalem, voyant la ville, il pleura sur elle, en disant : « Ah ! si toi aussi, tu avais reconnu en ce jour ce qui donne la paix ! Mais maintenant cela est resté caché à tes yeux.
Oui, viendront pour toi des jours où tes ennemis construiront des ouvrages de siège contre toi, t’encercleront et te presseront de tous côtés ; ils t’anéantiront, toi et tes enfants qui sont chez toi, et ils ne laisseront pas chez toi pierre sur pierre, parce que tu n’as pas reconnu le moment où Dieu te visitait. »
Jésus pleure sur le péché et l’endurcissement des cœurs dans le péché.
Jésus pleure sur les conséquences désastreuses du péché dans lesquelles nous nous sommes plongés.
Jésus est tout sauf insensible au désastre de l’humanité engluée dans le mal. C’est pour nous libérer du mal qu’il a donné déjà 33 années de sa vie, et qu’il va aller jusqu’à la mort sur la Croix.
Oui, il n’ y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux que l’on aime.
A l’approche de notre mort, nous relirons la valeur réelle de notre existence à la lumière de notre générosité à donner notre vie pour nos frères. Et ne rêvons pas, cela coûte cher !
Mais en cette Solennité de Toussaint, passionnons-nous pour le salut du monde !
Je voudrais conclure avec ces phrases du pape Jean-Paul II qui exprimait cela si bien à Paris, lors de la veillée avec les jeunes au parc des Princes, le 1er juin 1980, il y a 45 ans, mais c’était prophétique :
Vous demandez : que pouvons-nous faire, nous les jeunes, pour cette cause de la justice et de la paix ? Pouvons-nous faire quelque chose pour empêcher une nouvelle guerre, une catastrophe qui serait incomparable, plus terrible que la précédente? Je pense que, dans la formulation même de vos questions, vous trouverez la réponse attendue. Vous, les jeunes, vous avez déjà la possibilité de promouvoir la paix et la justice, là où vous êtes, dans votre monde. Cela comprend déjà des attitudes précises de bienveillance dans le jugement, de vérité sur vous mêmes et sur les autres, un désir de justice basé sur le respect des autres, de leurs différences, de leurs droits importants; ainsi se prépare pour demain un climat de fraternité lorsque vous aurez de plus grandes responsabilités dans la société.
Si l’on veut faire un monde nouveau et fraternel, il faut préparer des hommes nouveaux.
Oui, frères et soeurs, n’ayons pas peur de pleurer sur les souffrances et les péchés de notre monde,
C’est la seule façon réaliste d’affronter les problèmes à bras-le-corps avec Jésus et de les surmonter.
Nous expérimenterions aussi le secours de tous les saints du ciel, spécialement ceux qui ont pleuré sur les mêmes maux que nous. Eux aussi ont souffert et pleuré, mais avec Jésus, ils ont changé le monde !
Un jour, après les larmes, nous connaîtrons la joie de la Résurrection de Jésus !
Nous serons vraiment consolés ! Amen.