Cette année, pour cette messe des Cendres qui nous introduit dans ce temps béni du Carême,
je voudrais que nous gardions bien en vue le but de ce Carême :
Pour célébrer dignement et fructueusement la Fête de Pâques qui approche,
nous voulons nous débarrasser de tout ce qui nous encombre,
de tout ce qui nous empêche de vivre avec Jésus son union au Père qui nous voit dans le secret.
Être chrétien, c’est participer à la relation magnifique entre le Fils et le Père dans l’Esprit Saint.
Être chrétien, c’est anticiper autant que possible sur terre ce qui fera notre vie éternelle.
Le Fils éternel s’est fait homme – c’est le Seigneur Jésus-, pour nous faire entrer dans la vie trinitaire.

Le but du Carême,
c’est d’imiter Jésus qui cherche à plaire en toute chose à son Père qui nous voit dans le secret.
Jésus insiste par trois fois dans l’évangile : ce qui compte, c’est notre intention profonde.
Le but du Carême n’est pas dans l’accumulation d’observances extérieures, mais dans la prise au sérieux et la mise en oeuvre des moyens indispensables pour chercher à plaire au Père en toute chose.
Le but, c’est de nous unir à Dieu lui-même, sans chercher à plaire d’abord aux hommes.

Notre objectif, c’est la garde du coeur : tout faire pour vivre de façon la plus consciente possible l’union au Père par le Fils dans l’Esprit Saint.
Pendant ce Carême, Jésus nous apprend à vivre en fils et filles bien-aimés du Père.
A la différence d’un bébé qui dort inconscient dans les bras de son Père,
nous cherchons à imiter Jésus qui cherche constamment à faire la volonté de son Père.

Voyons comment Jésus a vécu cela :
Quand tu fais l’aumône, ne te donne pas en spectacle pour obtenir la gloire qui vient des hommes.
Que ton aumône reste dans le secret, afin qu’elle n’apparaisse qu’aux yeux de Dieu.
Oui, durant ce Carême, nous chercherons à vivre un souci et une attention réelle à ceux qui nous entourent, spécialement à ceux qui sont fragiles ou éprouvés.

Notre premier travail d’ici dimanche, c’est de les repérer.
C’est une véritable prière agréable au Père, que de lister nos relations
et de demander à l’Esprit Saint laquelle de ces personnes a besoin de notre temps et de notre coeur.
Jésus s’est laisser interpeller par les pauvres et les souffrants jusque tard parfois dans la nuit,
il s’est laisser interpellé par la femme aux pertes de sang,
alors même qu’il était déjà en train d’aller voir une fillette mourante.
Nous aussi, apprenons à voir un cadeau de la Providence divine quand les interpellations de nos frères et soeurs viennent bousculer nos agendas si serrés et si importants à nos yeux.
Dieu est déroutant, laissons nous dérouter !

Quand tu pries, ne cherche pas à te montrer aux hommes,
mais retire-toi pour prier ton Père qui est présent dans le secret.

Prier dans le secret, c’est la prière personnelle, c’est l’oraison,
cet échange intime d’amitié / souvent / seul à seul / avec Dieu dont on se sait aimé.
Regardez Jésus : * Tout le peuple se faisant baptiser, Jésus fut aussi baptisé; et, pendant qu’il priait, le ciel s’ouvrit, (Luc 3:21)
* Dès le matin, pendant qu’il faisait encore très sombre, il se leva, et sortit pour aller dans un lieu désert, où il pria. (Marc 1:35)
* Et lui, il se retirait dans les déserts, et priait. Luc 5:16
* Quand il eut renvoyée la foule, il monta sur la montagne, pour prier à l’écart;
et, comme le soir était venu, il était là seul. (Matthieu 14:23)
* En ce temps-là, Jésus se rendit sur la montagne pour prier, et il passa toute la nuit à prier Dieu.
Luc 6:12
* Un jour que Jésus priait à l’écart, ayant avec lui ses disciples, il leur posa cette question: Qui dit-on que je suis ? Luc 9:18
* Dans l’épreuve très violente de l’agonie à Gethsémani, au jardin des Oliviers, Jésus prie avec plus d’insistance : dans saint Matthieu
* Ayant fait quelques pas en avant, il se jeta sur sa face, et pria ainsi: Mon Père, s’il est possible, que cette coupe s’éloigne de moi! Toutefois, non pas ce que je veux, mais ce que tu veux.
Matthieu 26:39
* Il s’éloigna une seconde fois, et pria ainsi: Mon Père, s’il n’est pas possible que cette coupe s’éloigne sans que je la boive, que ta volonté soit faite! Matthieu 26:42
* Il les quitta, et, s’éloignant, il pria pour la troisième fois, répétant les mêmes paroles. Matthieu 26:44
Et il ya encore beaucoup d’autres versets qui nous montrent Jésus en prière avec son Père.

La question pour nous n’est donc pas : Est-ce que je prie chaque jour ?
mais : Combien de fois par jour ?
Bien sûr, si vous ne priez pas encore chaque jour, la première urgence est de fixer un rdv quotidien,
mais il serait bien de développer l’échange amical avec Dieu plusieurs fois par jour.

Deux chemins complémentaires :
1. Prévoir des rendez-vous réguliers et fixes de prière. Essayez de fixer un rdv de plus que ce que vous faisiez jusqu’à maintenant, même s’il est très bref.

2. Demandez à l’Esprit Saint de vous inspirer souvent dans la journée des élans du coeur vers Dieu. Dieu aime, quand il nous touche le coeur d’une inspiration soudaine de l’Esprit Saint, que nous lui parlions très spontanément, très librement, en laissant jaillir le meilleur de notre coeur. Après coup, nous ressentons que ces élans ardents vers Dieu lui sont très agréables, même si nous n’avons ressenti immédiatement quelque chose.

Quand tu jeûnes, ne prends pas une mine défaite pour bien montrer aux hommes que tu jeûnes.
Que ton jeûne soit connu seulement de ton Père qui est présent au plus secret.
Jésus insiste encore pour nous dire que le but, c’est de nous tourner vers le Père.

Jésus l’a mis lui-même en oeuvre en jeûnant 40 jours au désert avant de vaincre les tentations du démon : c’est ce que nous entendrons dimanche dans l’évangile.
Le jeûne, avant de se traduire par une exigence alimentaire, est l’exigence première de la conversion, c’est à dire de prendre des moyens efficaces pour renoncer au mal, au péché.

La restriction sur la nourriture n’est jamais à négliger : si je suis maître de ce que je mange,
alors je serai plus fort pour lutter contre toutes les autres formes d’addiction.
Aujourd’hui, en plus de l’arrêt définitif de la drogue, de l’alcoolisme, de la pornographie et du jeu,
le jeûne s’étend au jeûne des écrans, au jeûne du temps perdu sous toutes ses formes dans des activités vaines.

Le but de toute pénitence, c’est de dégager notre coeur, comme Jésus au désert, pour écouter la Parole d’amour du Père et y répondre.

C’est pour cela, qu’à l’invitation de notre évêque, nous nous lançons dans ce Carême dans les fraternités paroissiales : chaque semaine, par petit groupe de 5 à 8 personnes, nous nous retrouverons à domicile ou dans les salles paroissiales pour ruminer la Parole de Dieu du dimanche suivant, pour vivre une charité fraternelle concrète et nous encourager dans nos efforts d’union au Père.

Bon Carême ! Notre Père, qui nous voit dans le secret, nous le rendra largement !