Evangéliser son oïkos

par don Pierre-Alphonse | Enseignement

Très chers frères et soeurs dans le Christ,
je veux vous entretenir aujourd’hui de ce que nous appelons l’oïkos, selon un mot grec contenu dans les Actes des Apôtres, qui désigne notre réseau de relations humaines, que le Seigneur nous donne à évangéliser.
Une étude et une analyse réfléchie des Actes des Apôtres nous fait découvrir le mode d’évangélisation proprement chrétien et catholique tel qu’il a été vécu dès les premiers temps de l’Eglise.
Nous les catholiques, nous n’avons rien à regarder ni à envier du côté des Témoins de Jéhovah ou des autres sectes qui font du prosélytisme.
Nous les catholiques, nous témoignons de Jésus à ceux que Dieu nous a donné de fréquenter et avec lesquels nous avons déjà noué des relations d’amitié. Dieu ne demande jamais des choses compliquées.

Les premiers évangélisateurs, tels Paul et Barnabé, étaient de bons juifs pratiquants qui ont commencé systématiquement par annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ dans les synagogues des villes du pourtour méditerranéen.
Et quand ils ne trouvaient pas de synagogue, ils cherchaient le jour du sabbat à proximité des points d’eau où les juifs se réunissaient en ce cas.
Et c’est seulement après leurs échecs ou leurs déconvenues vis-à-vis des autres juifs, qu’ils se tournaient alors vers les païens. (Actes des Apôtres chapitre 13)

Nous aussi, spontanément, nous allons d’abord vers ceux qui sont déjà baptisés et qui nous semblent un minimum croyant et pratiquant. Mais comme pour les premiers chrétiens, l’Esprit-Saint nous montrera de plus en plus des hommes et des femmes de toute origine et de toute condition, qui ont déjà été préalablement travaillés par la grâce de Dieu, et qui ont déjà faim sans le savoir de ce Dieu que nous leur apportons.
L’important pour nous n’est doncpas de chercher à faire plaisir à Jésus en décidant d’avance que telle ou telle personne doit se convertir, mais bien plutôt de reconnaître ceux que Jésus nous montre à évangéliser.
Et parfois, il apparaît que ce ne sont pas du tout ceux que nous imaginions au début.
Jésus est libre de toucher qui il veut, comme il veut et quand il veut.
Et en même temps qu’il fait l’essentiel du travail intérieurement par l’action de l’Esprit Saint,
il nous associe souvent à son œuvre en nous demandant de compléter extérieurement ce qu’il a déjà si bien entamé.
Cela est vrai à toutes les étapes d’un cheminement vers la foi.
Nous avons aussi bien à semer les premières graines de la charité et de la parole de Dieu dans des cœurs
qu’à accueillir le fruit mûr, les âmes toutes prêtes à croire en Jésus.

Comment approcher les âmes de notre oïkos ? D’abord en les aimant comme Jésus.
Au livre de la Genèse, après le meurtre d’Abel par Caïn, Dieu demande à Caïn : “Où est ton frère ? “
Et Caïn a cette réponse atroce : “Qui m’a établi gardien de mon frère ?”
Au contraire, nous les enfants de Dieu, nous nous sentons concernés par nos frères, par tout homme que nous rencontrons et que Dieu appelle à devenir notre frère s’il ne l’est pas encore.
Evangéliser son oïkos, c’est d’abord connaître et aimer tous ceux que je côtoie.
Evangéliser son oïkos, c’est d’abord croire qu’aucune de nos rencontres n’est dûe au hasard.
Dieu fait tout concourir au bien de ceux qu’il aime.
Evangéliser son oïkos, c’est m’intéresser humainement à chacun d’eux.
C’est développer suffisamment les échanges avec eux, pour connaître ce qui leur plaît et ce qui leur déplaît, les joies et les peines qui remplissent leurs cœurs.
C’est partager tout ce qu’il est possible de partager avec eux.

Et c’est une fois que je me serai intéressé à eux, passionné pour eux, qu’alors je vais découvrir que le Seigneur m’a fait le très grand honneur de me partager – au moins un peu – son regard plein d’amour sur chacun d’entre eux.
Nous serons missionnaires dans la mesure même de notre bienveillance a priori pour ceux que nous rencontrons. Un vrai missionnaire est par définition plein de bienveillance et bon esprit, sans rien perdre de sa lucidité.

Concrètement, au sein de notre fraternité,
j’invite chacun à établir par écrit la liste nominative des membres de son oïkos.
Au cours de la réunion, dans un temps de prière d’intercession, toute la fraternité présente à Dieu tous les membres de tous les oïkos, sans les nommer en particulier bien sûr. Sauf si l’un ou l’autre des membres veut spécialement en citer un en particulier.
La prière finale ou le Notre Père sont dit tout spécialement pour toutes ces personnes à évangéliser.
En dehors des réunions de fraternité,
les messes et les temps d’adoration eucharistique sont des moments spécialement efficaces pour présenter ces hommes et ces femmes à Dieu, et pour obtenir pour eux de grandes grâces de lumière et de force.
En dehors de la prière, je cherche à fréquenter les personnes de mon oikos, à échanger avec elles, à mieux les connaître pour mieux les aimer. Je me mets volontiers à leur service, je vis une charité très concrète et très régulière envers eux.
Dans mes discussions, je n’hésite pas à aborder avec eux les questions fondamentales de l’existence, le sens de la vie, de la mort, de l’amour; la valeur et la richesse profonde de nos actes, le sens des événements. Quand l’occasion s’en présente, sans jamais la forcer, j’exprime très simplement mes convictions de foi.
Je témoigne non pas de grands principes, mais de réalités que j’ai moi-même expérimenté dans ma relation à Dieu. Ces témoignages ont une force irremplaçable pour toucher les cœurs.

Et j’attends …. Cela peut surprendre, mais il est indispensable de savoir attendre dans l’évangélisation.
Car le temps de Dieu n’est pas le nôtre.
Dieu est infiniment plus pressé que nous de toucher les cœurs. Et pour cette raison même, il est donc infiniment patient, parce que seul compte pour lui une réponse pleine et entière, vraie et libre.
A nous de respecter infiniment le travail de la grâce de Dieu dans une âme, à savoir ôter nos sandales devant le terre sacrée de l’autre. La pédagogie de Dieu est toujours fine et délicate.

J’attends une demande, un appel, un cri de la part de ceux pour qui je prie et j’offre.
A un moment donné, touché par l’Esprit Saint, cette personne devrait m’interpeller sur ma foi, sur celui en qui je crois, sur la qualité de ma relation au Christ.
Et c’est là qu’il ne faut pas décevoir, qu’il ne faut pas se dérober, qu’il faut savoir donner du temps.
C’est le moment où nous collaborons de la manière la plus visible à l’œuvre de Dieu.
En partie, Dieu a bien voulu se livrer à notre témoignage malgré notre faiblesse.
S’il l’a voulu ainsi, n’ayons pas peur ! C’est Lui qui passera et agira à travers nous.
C’est Lui qui attirera cette âme jusqu’à Lui par notre intermédiaire.

Concrètement, nous dirons à cette personne : Viens et vois !
Nous l’inviterons à découvrir la rencontre avec le Christ dans notre fraternité,
dans cette traduction très humaine de la famille de Dieu.
Ce sera à tous les membres de la fraternité de l’accueillir comme un frère ou une sœur.
Ce sera l’occasion de la découverte expérimentale de la vie chrétienne dans la fraternité,
ce sera un sas d’entrée ultérieur vers la communauté paroissiale rassemblée à la messe du dimanche.

Vous avez remarqué dans mon discours le passage progressif de la prière pour une liste de personnes
à l’action plus spécifique envers une personne plus précise.
Les critères de discernement pour préciser vers qui Jésus nous envoie seront l’objet d’un autre enseignement.

Piste de réflexion :
L’oïkos, c’est l’ensemble des personnes que le Seigneur Jésus me donne à servir et aimer comme Lui !

Pouvez-vous répartir le smembres de votre oïkos en 4 parties :
les membres de ma famille,
mes collègues de travail,
mes relations amicales,
mes relations usuelles : médecin, coiffeur, caissière, vendeuse, garagiste, etc… ?