Chers frères et soeurs,
Dans l’évangile de ce dimanche, au soir du Jeudi Saint, une fois que Judas est sorti pour le livrer,
Jésus est enfin libre avec des amis qui peuvent le comprendre, et il nous livre le fond de son âme.
Au cours des semaines écoulées, Jésus a annoncé 3 fois au moins sa passion, ses souffrances et sa mort monstrueuse. Les chefs des prêtres du Temple sont décidés à le faire mourir.
L’hostilité est totale, la tension est à son comble, et les apôtres en ont parfaitement conscience.
Jésus vient de leur annoncer que cette nuit même, le pasteur, c’est à dire lui, sera frappé et les brebis dispersées. A Pierre qui proteste de sa fidélité, il vient de prophétiser que lui, Pierre, le reniera trois fois au cours de la nuit. Les 11 apôtres présents sont bouleversés. Et il y a de quoi.
Alors, Jésus prend soin de les réconforter, de les renforcer avant la grande épreuve.
Pour cela, il rappelle le cap, il fixe leur attention sur le but : être définitivement avec lui près du Père :
Que votre coeur ne soit pas bouleversé… Dans la maison de mon Père,il y a de nombreuses demeures. Je pars vers le Père vous préparer une place, pour que vous y soyez aussi près de moi.
Jésus tient à nous partager sa joie de retourner définitivement auprès de son Père.
Il annonce déjà la victoire finale.
Alors que tout va très mal humainement, Jésus montre qu’il est bien le maitre des temps et de l’histoire.
Comme il l’avait dit au chapitre précédent, en parlant de toutes les épreuves et de la trahison qui l’attend :
Je vous ai dit toutes ces choses-là avant qu’elles n’arrivent afin que lorsqu’elles seront arrivées, vous croyez que moi, Je suis.
L’annonce paisible de l’horreur qui va suivre et de la victoire finale de la résurrection est bien un signe de la divinité du Christ.
Puis Jésus décrit le chemin nécessaire pour atteindre le but :
Pour aller où je m’en vais, vous savez le chemin. Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie.
Personne ne va vers le Père sans passer par moi.
Sainte Thérèse d’Avila, la réformatrice du Carmel, insiste beaucoup sur la nécessité de passer par l’humanité du Christ pour atteindre la communion avec sa divinité, et donc avec son Père.
Nous devons approfondir une connaissance réelle, expérimentale de l’humanité du Christ.
Nous devons être capable de parler de ce que nous connaissons, de ce que nous avons nous-même vécu de cette humanité.
Notre foi est beaucoup trop cérébrale et intellectuelle.
Mais sommes-nous capables de faire la litanie des qualités du Christ,
en l’illustrant aussi bien par des exemples tirés de l’évangile que de notre propre expérience,
ou des témoignages directs qui nous ont marqués ?
Tant que nous ne serons pas capables de cela, nous ne serons pas missionnaires.
Enfin, le Seigneur Jésus monte de plus en plus haut, avec des affirmations déconcertantes :
Puisque vous me connaissez, vous voyez et vous connaissez aussi le Père.
Je suis dans le Père et le Père est en moi.
Je dis les paroles du Père et je fais les oeuvres du Père.
Je vous le dis solennellement : Celui qui croit en moi fera les oeuvres que je fais.
Il en fera même de plus grandes, parce que je pars vers le Père.
En fait, ce discours est fou, inacceptable pour notre seule raison humaine.
Mais Dieu nous fait sentir mystérieusement, par son Esprit Saint, que c’est son désir profond
et qu’avec notre collaboration, il veut le mener à terme.
L’Esprit-Saint nous fait accueillir dans la foi de telles affirmations.
Nous connaissons le Père à travers les oeuvres du Christ qui veut les réaliser à travers nous maintenant ! La première communauté chrétienne a vécu cet idéal,
où la recherche du Christ était perçue comme la chose la plus importante de l’existence.
Nous l’avons entendu dans la première lecture.
Cela se traduisait par la constitution d’une communauté où chacun avait sa place et son importance, et où l’entraide n’était pas un vain mot. Et cette organisation n’avait qu’un but :
donner à chacun la possibilité de rencontrer le Christ dans la prière, dans la Parole et dans ses frères,
sans que les soucis de la survie quotidienne ne prennent toute la place.
C’est ce qui donnera, sous l’inspiration de l’Esprit Saint, l’ordination des premiers diacres.
La première Eglise avait sans doute les mêmes problèmes que nous face à la société de son temps.
Mais le but recherché, qui guidait les décisions, était le même.
Le but, c’était la fidélité au Christ et à son Evangile.
Si on y regarde bien, ce que le Christ promet à ceux qui croient en lui est fabuleux.
Il nous promet de nous faire accomplir des oeuvres plus grandes que les siennes!
Il nous offre une place dans la maison de son Père!
Il nous propose d’y arriver par une intimité et une amitié avec lui toujours plus grandes.
Il nous offre enfin d’être comme lui fils du Père, dans cette maison où il nous fait entrer.
Il nous promet d’être « les pierres vivantes » de son Royaume.
Osons croire que nous sommes faits pour ces promesses.
Suivons Jésus, Chemin, Vérité et Vie.
Oui, Seigneur, vraiment, montre-nous le Père, et cela nous suffit.
Ouvre nos coeurs pour que nous puissions vraiment te reconnaître, et en toi reconnaître le Père.
Et alors, nous passerons des ténèbres à ton admirable lumière. Amen.