Le projet de Dieu est toujours le même, il veut sauver tous les hommes sans exception.
Le prophète Isaïe nous rappelle : Ainsi parle le Seigneur : connaissant leurs actions et leurs pensées, moi, je viens rassembler toutes les nations, de toute langue. Elles viendront et verront ma gloire.
“Connaissant leurs actions et leurs pensées”, c’est à dire en pleine connaissance de cause,
en pleine considération de l’océan monstrueux des péchés des hommes,
Dieu tient bien à rassembler les hommes de partout afin qu’ils puissent voir sa gloire.
Et dans l’évangile, c’est Jésus lui-même qui nous le redit : « Alors on viendra de l’Orient et de l’Occident, du Nord et du Midi, prendre place au festin dans le Royaume de Dieu. »
Jésus vient sur la terre pour sauver et rassembler dans l’unité les enfants de Dieu dispersés.

Mais Jésus ne veut pas que nous passions à côté de sa proposition d’amour.
L’amour appelle une réponse cohérente. L’amour est exigeant.
Cela explique la réponse de Jésus à la question de savoir s’il n’y a que peu de gens à être sauvés. Nous attendons un chiffre, un pourcentage, une statistique, comme si cela était déjà fixé d’avance, dans une vision statique, figée, sans qu’il n’y ait plus rien à faire.
La question ainsi posée est fataliste et décourageante. Cette question est mal posée.
Jésus ne donne pas de chiffre, pas de pourcentage.
Mais Jésus répond par un encouragement dynamique :
Efforcez-vous d’entrer par la porte étroite pour entrer dans la vie éternelle !
Certes, il y en aura toujours beaucoup qui chercheront à entrer et qui n’y parviendront pas.
Ce ‘beaucoup’ signifie que cela est toujours trop pour Dieu,
ce ‘beaucoup’ signifie que cela est contraire au désir profond et premier de Dieu,
mais ce ‘beaucoup’ ne donne aucune indication chiffrée.

La réflexion théologique nous éclaire en distinguant deux aspects de la même question :
la rédemption objective et la rédemption subjective.
La rédemption objective : C’est le fait objectif. qu’en mourant sur la croix,
le Christ a sauvé tous les hommes de tous les temps sans exception.
Du point de vue de Dieu, tous les hommes sont sauvés. il a tout donné en son fils Jésus. Il met tout en oeuvre pour offrir le salut à chacun. Il envoie des rescapés de son peuple (l’Eglise) vers ceux qui n’ont pas entendu parler de Lui. Cela nous rappelle le devoir missionnaire de tout chrétien.
Isaïe prophétise : “De toutes les nations, ils ramèneront des frères en offrande au Seigneur.”
OUI, Dieu, dans son amour sans limite, invite tous les hommes sans exception à être sauvés du péché et à entrer dans son Royaume.
Il ne tient plus qu’aux hommes d’accepter ce salut.
Chacun personnellement a la possibilité réelle de l’accepter ou de le refuser.
C’est la grandeur de notre liberté, et c’est aussi son côté tragique.
La capacité à accepter ou refuser l’amour offert par Dieu,
c’est la rédemption subective, et de ce point de vue, tous ne seront pas sauvés,
car certains auront commis l’injustice aux yeux de Dieu jusqu’au bout.
Il y aura bien des damnés à qui Jésus, en respectant leur choix obstiné, dira :
“Je ne sais pas d’où vous êtes. Eloignez-vous de moi, vous tous qui commettez l’injustice”.
Oui, l’enfer existe, et il est bien un état de pleurs et de grincements de dents.

Alors nous comprenons mieux à quel point toute la parole de ce dimanche est un cri d’amour de Dieu vers les hommes. C’est une mise en garde contre le péché de présomption.
Car Dieu, – qui nous as créé sans nous -, ne nous sauvera pas sans nous !
Dieu attend notre réponse et notre participation concrète.
Il y a le risque réel, à cause de notre liberté, d’un échec total : « Efforcez-vous d’entrer par la porte étroite, car je vous le déclare, beaucoup chercheront à entrer et ne le pourront pas »

En quoi consiste la présomption, cette dérive très grave qui pourrait nous empêcher de profiter du salut et contre laquelle Jésus nous met si vigoureusement en garde ? :
c’est de bafouer la miséricorde en en profitant pour vivre contre les commandements de Dieu,
en nous disant que notre baptême et une observance extérieure suffiront.
« Nous avons mangé et bu en ta présence, et tu as enseigné sur nos places » disent ceux qui sont rejetés dehors. On pourrait traduire :
nous avons été à la messe et nous avons entendu les enseignements de l’Eglise !.
Oui, nous avons été physiquement présent, mais intérieurement nous n’avons pas participé.

Un des enjeux de ce dimanche, c’est la qualité intérieure de notre participation à la messe,
de notre implication, de notre ferveur,
de notre cohérence entre ce que nous vivons à l’église et ce que nous vivons en dehors de l’église.
La vie chrétienne ne se réduit pas à une pratique formaliste extérieure,
mais elle est un engagement de toute la vie, une conformité au Christ dans tous nos actes :
Il vous répondra : « Je ne sais pas d’où vous êtes. Eloignez vous de moi vous tous qui faites le mal. »
Rentrons dans la pédagogie divine, acceptons que Dieu, parce qu’il nous aime,
puisse nous avertir, nous reprendre, nous corriger pour notre bien.
Comme dit St Paul, il s’agit de « ne pas rester devant Dieu comme des animaux stupides et sans raison qu’il faut mater par la bride et le mors »,
mais il nous faut comprendre la pédagogie de Dieu et collaborer intelligement avec Lui.
Comprendre la pédagogie de Dieu envers nous, c’est le but de l’accompagnement spirituel.
Oui, nous croyons à l’universalité du salut réalisé par le Christ :
Dieu appelle des hommes de partout.
Mais il est vraiment nécessaire d’accepter les corrections paternelles de Dieu
et de nous efforcer d’entrer par la porte étroite, sans nous croire dejà arrivés. Amen.