HOMELIE 2025    L’annonce faite à Joseph

Accueillir dans la foi la naissance en notre âme de Jésus sauveur, Dieu avec nous.

 

Noël n’est pas une affaire humaine. C’est un mystère divin. 

C’est la folie de l’amour de Dieu pour les hommes, c’est Dieu lui-même qui prend l’initiative,  et qui emploie des moyens et des modes d’action qui dépassent totalement nos pensées et notre  imagination.

Et c’est la foi qui nous rend capable d’accueillir le salut de Dieu.  Il nous faut accueillir le cadeau de Dieu sans commencer à critiquer avant même de l’avoir déballé.  

 

Notre réponse, c’est la foi à l’exemple de Saint Joseph.

Joseph et Marie sont un couple heureux. Ils s’ aiment. Joseph n’entre pas dans l’histoire du Christ seulement pour être le protecteur, celui qu’il fallait pour que l’honneur soit sauf. 

Joseph a été choisi non seulement par Dieu, mais par la Vierge elle-même. 

Joseph est l’homme que Marie a le plus aimé après son Fils Jésus, qui est Dieu. 

Joseph n’est pas une pièce rapportée dans cette histoire d’amour entre Dieu et l’humanité, 

histoire qui passe par Marie, Jésus et Joseph. Joseph a vraiment compté pour Marie, et elle l’avait choisi avant que l’ange ne vienne lui dire qu’elle serait la Mère de Dieu.

 

Le projet commun de Marie et Joseph était de rester vierges après leur mariage, comme cela apparaît très clairement dans le récit de l’Annonciation à Marie. 

Quand l’ange annonce à Marie qu’elle va être mère, elle n’est pas fiancée, 

elle est déjà mariée légalement, religieusement, à Joseph, 

même s’ils n’ont pas encore habité ensemble, selon les coutumes juives de l’époque. 

Quand la Vierge Marie répond qu’elle ne connaît pas d’homme, elle exprime par un présent qui dure leur projet commun de rester vierges, projet qu’elle sait inspiré de Dieu.  

Marie est liée par un amour conjugal très beau, très pur et très fort à Joseph. 

 

Marie, comme d’autres avant dans la Bible en des circonstances similaires, Marie en toute transparence, a communiqué à Joseph l’annonce de l’ange, et Joseph a cru à la parole de son épouse.   Le pape saint Jean-Paul II écrit : Joseph est le premier à participer à la foi de la Mère de Dieu, et ainsi il soutient son épouse dans la foi à l’Annonciation divine.

 

Joseph, nous dit le texte grec, “ qui était un homme juste, ne voulait pas la mettre en exemple sur la place publique ; il décida de la libérer, de lui rendre sa liberté en secret”, puisque le mariage n’avait pas encore débouché sur la cohabitation.  

L’évangile ne dit donc rien d’un doute de Joseph sur la vertu de Marie. 

Saint Jérôme écrit autour de l’an 400 :  « Comment Joseph est-il déclaré juste, si l’on suppose qu’il cache la faute de son épouse ? Loin de là : c’est un témoignage en faveur de Marie.   Joseph, connaissant sa chasteté, et bouleversé par ce qui arrive, cache, par son silence, l’évènement dont il [perçoit le grand] mystère. » (St Jérôme, sur Mt 1. 1, PL 26, 24) 

 

Et St Bernard écrit entre 1120 et 1150 :  

« Pourquoi Joseph voulut-il renvoyer Marie ? Prends cette interprétation, qui n’est pas la mienne mais celle des Pères : Joseph voulut la renvoyer pour la même raison qui faisait dire à Pierre : ‘Eloigne-toi de moi, Seigneur, car je suis un homme pécheur’ ; et au Centurion : ‘Je ne suis pas digne que tu entres sous mon toit’. Pierre trembla devant la puissance divine et le Centurion trembla en présence de la Majesté. Joseph fut saisi de crainte – comme il était humainement normal – devant la profondeur du mystère ; c’est pourquoi il voulait renvoyer Marie secrètement. » (St Bernard, Hom 2 sur le Missus est, PL 183, 68). 

Il décide de « libérer » en secret Marie du lien qui l’attachait à lui afin de la laisser en face du mystère de Dieu.

 

Joseph voulait libérer Marie, non pas parce qu’il doutait d’elle, 

mais parce que ce qui arrivait à son épouse venait de Dieu, 

et qu’il ne se sentait pas digne d’usurper la place de Dieu. 

Joseph vit du don du St Esprit que nous appelons la crainte de Dieu.

Joseph, en décidant de la libérer en secret, sait qu’il n’y a pas de trahison dans le cœur de son épouse. Il reconnaît la paternité de Dieu et il pense qu’il ne doit pas, lui Joseph, passer pour le père de l’enfant.  “Il était décidé à se retirer pour ne pas faire obstacle au plan de Dieu qui était en train de se réaliser en elle” (Redemptoris Custos n° 17),

Joseph cherchait une issue à cette situation difficile pour lui.  Il décide donc avec ses moyens humains de renoncer à son amour conjugal pour ne pas gêner l’action de Dieu qui le dépasse. Joseph est juste : il ne remet jamais en cause la bonté de Dieu et la droiture de ses volontés, il accepte et s’efface devant le choix de Dieu. 

 

Et c’est au sommet de la grandeur humaine de son âme que l’ange du Seigneur vient faire entrer Joseph dans la grandeur divine de sa vocation. 

Joseph et Marie ont dû complètement bouleverser leur projet pour suivre ce que Dieu leur proposait. Mais Dieu le leur a redonné merveilleusement transformé : 

  – Marie voulait rester vierge, et Dieu lui demande d’être mère ; par son acceptation, elle deviendra mère et restera vierge. 

  Joseph : Dieu va le confirmer pleinement dans son rôle d’époux et lui confier en plus un rôle réel de paternité sur le propre Fils de Dieu ! 

Quand l’ange du Seigneur lui dit : “ Ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse ”, cela signifie : “ N’aie pas peur, tu es digne de l’avoir pour épouse, je te demande même de tenir visiblement ma place auprès de mon Fils” Quel honneur, quelle grandeur !

L’ange lui ordonne de nommer ce fils qui va naître : “ tu lui donneras le nom de Jésus ”, ce qui veut dire, en langage biblique, que Joseph doit assumer la paternité légale de cet enfant. 

L’histoire de Marie et de Joseph est la nôtre.  

Allons-nous accueillir la nouvelle naissance de Jésus en nos âmes en cette fête de Noël ?

Combien de fois sommes-nous dans des situations que nous n’aurions pas choisies, 

mais que nous sommes invités à dépasser pour trouver une solution en Dieu ! 

Décès de nos proches, maladies, échecs, difficultés dans les couples, dans l’éducation des enfants, adolescents qui ne suivent plus nos chemins, difficultés dans les relations professionnelles ou amicales. Dans tous ces cas, nous sommes tentés de désespérer, de nous passer de Dieu, ou de nous révolter.

Alors que la solution définitive de nos problèmes humains, comme pour Joseph, ne se trouve qu’en Dieu, par delà même le compréhensible. 

 

Oserons-nous accepter que Dieu modifie nos projets pour nous les redonner merveilleusement transformés ? Accepterons-nous d’avoir confiance, au point de croire que ce que Dieu demande est toujours fait pour nous rendre heureux et saints ?

Nous sommes appelés, comme Marie et Joseph, à laisser Dieu entrer dans nos vies, à accepter qu’il bouscule parfois nos projets, afin de nous faire parvenir à la sainteté, même si cela nous fait un peu peur.  Dans nos âmes aussi, Dieu veut naître, Dieu veut venir. 

 

Cela va changer complètement nos vies ?  Oui ! 

 

Mais c’est bien cela le mystère de Noël !    Amen.