L’attitude royale de Jésus durant l’arrestation

Fervorino des Laudes du Jeudi Saint 2026

De l’évangile de saint Jean au chapitre 18 (Jean 18, 1-12)

01 Ayant ainsi parlé, Jésus sortit avec ses disciples et traversa le torrent du Cédron ; il y avait là un jardin, dans lequel il entra avec ses disciples.

02 Judas, qui le livrait, connaissait l’endroit, lui aussi, car Jésus et ses disciples s’y étaient souvent réunis.

03 Judas, avec un détachement de soldats ainsi que des gardes envoyés par les grands prêtres et les pharisiens, arrive à cet endroit. Ils avaient des lanternes, des torches et des armes.

04 Alors Jésus, sachant tout ce qui allait lui arriver, s’avança et leur dit : 

« Qui cherchez-vous ? »

05 Ils lui répondirent : « Jésus le Nazaréen. » 

Il leur dit : « C’est moi, je le suis. » Judas, qui le livrait, se tenait avec eux.

06 Quand Jésus leur répondit : « C’est moi, je le suis », ils reculèrent, et ils tombèrent à terre.

07 Il leur demanda de nouveau : « Qui cherchez-vous ? » Ils dirent : « Jésus le Nazaréen. »

08 Jésus répondit : « Je vous l’ai dit : c’est moi, je le suis. Si c’est bien moi que vous cherchez, ceux-là, laissez-les partir. »

09 Ainsi s’accomplissait la parole qu’il avait dite : « Je n’ai perdu aucun de ceux que tu m’as donnés ».

10 Or Simon-Pierre avait une épée ; il la tira, frappa le serviteur du grand prêtre et lui coupa l’oreille droite. Le nom de ce serviteur était Malcus.

11 Jésus dit à Pierre : « Remets ton épée au fourreau. La coupe que m’a donnée le Père, vais-je refuser de la boire ? »

12 Alors la troupe, le commandant et les gardes juifs se saisirent de Jésus et le ligotèrent.

Ce passage de l’évangile de Jean nous révèle de façon fulgurante la noblesse et la grandeur d’âme du Christ. C’est une révélation de la royauté de son âme humaine.

Situons le contexte

Jésus est au jardin des Oliviers au soir du Jeudi saint. 

Il vient de vivre l’agonie et la sueur de sang décrite par l’évangéliste saint Luc ( Luc 22, 44) 

Face à l’océan monstrueux des péchés commis par les hommes tout au long des siècles, 

Jésus est broyé psychologiquement, rempli de dégoût par ce fardeau immense qu’il est venu saisir à bras-le-corps pour nous en débarrasser.

Longtemps, les rationalistes se sont moqués de cette sueur de sang qui n’avait été observée nulle part ailleurs. Or elle a été parfaitement décrite par les médecins militaires de la 1ère guerre mondiale. Les soldats des tranchées, qui ont subi des bombardements monstrueux des heures durant, ont vécu ce phénomène. Les terminaisons nerveuses se tordent sous le stress, au point d’endommager les veinules et les artérioles auxquelles elles sont entremêlées. Cela se traduit par une sueur de sang sur tout le corps. Les médecins militaires indiquent qu’un homme qui a eu une sueur de sang doit être évacué sur un brancard à l’arrière, et qu’il lui faudra  6 mois de convalescence avant de rejoindre son unité.

Or Jésus enchaîne directement de la sueur de sang à l’épisode que nous venons d’entendre.

Alors Jésus, sachant tout ce qui allait lui arriver, s’avança et leur dit : « Qui cherchez-vous ? »

Quelle force ! Quelle maîtrise de lui-même !

En position extrême de faiblesse face à ceux qui sont décidés à lui faire un mauvais sort, 

en pleine connaissance de cause, Jésus a l’initiative : c’est lui qui s’avance à leur rencontre et qui leur adresse la parole en premier, en toute liberté et maîtrise de soi.

Nous repensons alors à ce que le Christ avait annoncé auparavant (Jean 10, 18) : 

Ma vie, nul ne la prend, mais c’est moi qui la donne !

Dans cette démarche du Christ transparaît sa liberté souveraine et la profondeur du don de sa vie.

Ce qui arrive à Jésus n’est pas un mauvais coup du sort, mais l’occasion d’accueillir de la main de son Père le moment de donner sa vie par amour, comme il s’y est préparé tout au long de son existence.

Quand Jésus leur répondit : « C’est moi, je le suis », ils reculèrent, et ils tombèrent à terre.

Nous commençons à comprendre l’impact si puissant d’une telle attitude intérieure sur les soldats qui viennent l’arrêter.

Nous aussi, ce que nous sommes est bien plus important que ce que nous faisons.

C’est notre vie intérieure qui transparaît naturellement dans nos attitudes et dans le ton de notre voix. Nos heures d’oraison garantissent le rayonnement de notre vie. 

« Je vous l’ai dit : c’est moi, je le suis. Si c’est bien moi que vous cherchez, ceux-là, laissez-les partir. » Ainsi s’accomplissait la parole qu’il avait dite : « Je n’ai perdu aucun de ceux que tu m’as donnés ».

Quelle force et quelle puissance royale !

C’est Jésus qui commande à ceux qui viennent l’arrêter. 

Sans arme et sans violence, il contraint ses ennemis à se plier à sa volonté.

Ils avaient ordre d’arrêter Jésus et tous ceux qui l’entouraient, 

et ils se soumettent à sa volonté de laisser partir les autres 

en raison de la force morale qui émane de Lui.

Nous sommes invités à ressembler à Jésus. 

Soignons notre liberté intérieure, surtout face à l’adversité.

Enfin, l’épisode avec Pierre qui coupe l’oreille de Malcus, et l’ordre de Jésus de remettre son épée au fourreau montre la totale maîtrise des événements par Jésus.

“La coupe que m’a donnée le Père, vais-je refuser de la boire ? »

A travers cette sobre phrase, nous entrevoyons la profondeur de l’âme humaine du Christ. 

Nous contemplons sa motivation profonde : il ne cherche qu’à accomplir la volonté du Père.

Ne savez-vous pas que je dois être aux affaires de mon Père ? avait-il répondu à Marie lors de sa première montée au Temple de Jérusalem à l’âge de 12 ans.

Jésus reçoit tout de la main de son Père, les joies comme les épreuves. 

Toute sa passion est acceptée d’avance. 

Là où les hommes ne voient que le rouleau compresseur du mal, Jésus va donner toute la mesure de son âme en remplissant d’un amour fou les souffrances qui lui sont infligées.

C’est cela le sens profond de la passion dans laquelle nous rentrons de plain-pied aujourd’hui.

Vivons les heures qui viennent dans la contemplation et l’union profonde aux sentiments humains si nobles qui remplissent son cœur.

Et nous serons tous des fils et des filles bien-aimés de Dieu le Père !