Emmaüs : une leçon liturgique et spirituelle du Seigneur pour vivre en disciples.
Chers frères et sœurs,
je vous souhaite d’être jaloux des disciples d’Emmaüs ! Ou plutôt, je vous souhaite de vous rendre compte
que nous sommes en train de vivre comme eux une rencontre réelle avec le Seigneur.
Comme dit saint Pierre dans sa lettre : Dieu notre Père ne fait pas de différence entre les hommes.
Les disciples d’Emmaüs n’ont pas été privilégiés par rapport à nous.
A chaque messe, nous revivons Emmaüs, nous rencontrons réellement Jésus ressuscité,
mais nos yeux sont aveuglés et nous ne le reconnaissons pas.
Il faut du temps et des efforts, comme il a fallu des kilomètres et deux heures de discussion avec Jésus
pour que les disciples puissent le reconnaître.
Jésus agit avec les disciples d’Emmaüs comme il le fait avec nous en ce moment :
nous ne le reconnaissons pas, nous n’avons pas l’évidence de sa présence.
Mais il nous fait parler, il nous fait vider notre cœur devant lui. Tout ce qui nous tient à cœur l’intéresse,
spécialement quand nous ne comprenons pas bien comment il s’y prend, s’il nous répond, s’il est vraiment présent et disponible.
Notre premier défaut, c’est de ne pas parler à Dieu de ce que nous vivons.
Avez-vous parlé à Dieu de vos soucis professionnels, de vos inquiétudes sur l’économie ou la société de notre pays ? Avez-vous parlé à Dieu de votre famille,
de votre couple pour les parents, de vos parents pour les enfants ?
Avez-vous parlé à Dieu de votre emploi, de vos collègues de travail pour les adultes ?
Avez-vous parlé à Dieu de votre avenir, de vos projets, de vos rêves, de vos désirs pour les jeunes ?
J’entends d’ici certains me répondre : à quoi cela servira-t-il ?
Les disciples d’Emmaüs disaient : Et nous qui espérions que Jésus serait le libérateur d’Israël ?
Ils avaient mal compris, mal interprété ce que Dieu avait annoncé dans la Bible.
Et nous, nous nous faisons beaucoup d’idées fausses sur Dieu et sur ce qu’il nous propose.
Nous voudrions un Jésus visible qui satisfasse tous nos besoins, une sorte de magicien.
Oui, Jésus vient nous libérer du mal,
mais en commençant par la racine du mal qui est le péché dans notre cœur.
Alors je vous dis simplement de la part de Jésus : essayez de lui parler ! Vous verrez bien.
Si vraiment nous avons vécu ce dialogue avec Jésus, alors, à un moment ou un autre,
vous vous en rendrez compte et vous pourrez dire vous aussi :
Notre cœur n’était-il pas tout brûlant en nous tandis qu’il nous expliquait les événements que nous vivons,
à la lumière de l’Evangile, de la Bible et de l’enseignement de l’Eglise ?
Comme Cléophas et son ami sur la route d’Emmaüs, nous sommes lents à croire ce que nous dit Dieu dans la Bible. Ne fallait-il pas que le messie souffrit tout cela pour entrer dans sa gloire ? C’est la seule clef de lecture que nous donne le Christ.
Notre principal problème, c’est de relier le scandale du mal et de la souffrance,
à l’accomplissement du salut des hommes qui est la gloire de Dieu.
Oui, la passion du Christ, si abominable humainement, prend tout son sens parce qu’elle est offerte librement par le Christ pour affronter et détruire l’océan monstrueux du péché.
Le mal doit être affronté et vaincu par des innocents, et cela entraine forcément la souffrance.
Le Christ seul a offert le sacrifice d’amour parfait qui suffit à lui seul à vaincre tout le mal du monde.
Mais il ne veut pas rester seul. St Paul l’a compris et l’a exprimé de la façon suivante :
Je complète dans ma chair ce qui manque aux souffrances de la passion du Christ pour son Corps qui est l’Eglise. Donc quand Jésus dit : Ne fallait-il pas que le messie souffrit tout cela pour entrer dans sa gloire ?
cela nous concerne aussi. Toute souffrance humaine, aussi insondable soit-elle, n’est plus un combat solitaire, mais c’est le Christ Seigneur qui vient la vivre en nous.
Isaïe prophétisait : C’était nos péchés dont il était chargé, c’était nos souffrances qu’il portait.
Et St Paul encore : Je ne vis plus, mais c’est le Christ qui vit en moi.
St Pierre : Cet homme, livré selon le dessein bien arrêté et la prescience de Dieu,
vous l’avez supprimé en le clouant sur le bois par la main des impies.
Mais Dieu l’a ressuscité en le délivrant des douleurs de la mort,
nous pensons ou nous voudrions nous trouver dans un monde parfait. Or ce n’est pas le cas. Nous voudrions que les hommes soient guéris du mal d’un coup de baguette magique, sans changer leur cœur.
Or c’est notre cœur que Dieu veut changer d’abord. Et les hommes gardent toujours la possibilité de lui dire non. Alors, il y a beaucoup de souffrances dans le monde.
Mais pour nous permettre de vaincre le mal en nous, Jésus veut que nous l’invitions dans notre cœur. Et lui se chargera de le changer. Regardez les disciples d’Emmaüs :
Quand ils approchèrent du village où il se rendaient, Jésus fit semblant d’aller plus loin.
- Reste avec nous, il se fait tard. – Il entra donc pour rester avec eux.
Et il est manifestement très heureux de rester pour demeurer avec eux.
2 remarques : 1 Jésus ne s’impose jamais. Il respecte toujours notre liberté.
2 Jésus semble quelquefois disparaître de notre cœur, pour nous inviter à lui demander plus fortement de rester avec nous : Reste avec nous : le soir approche et déjà le jour baisse.
Reste avec nous, nous avons encore besoin de toi.
C’est la prière, c’est la demande que Jésus attend que nous lui fassions tous au fond de notre cœur.
Si nous la faisons vraiment cette demande, Jésus se fera un plaisir de venir chez nous dans notre vie,
dans notre cœur, dans notre prière, dans notre maison.
Et alors le repas que nous partageons avec Jésus se transforme : nous l’invitons, et c’est lui qui nous donne à manger ! Quand il fut à table avec eux, il prit le pain, dit la bénédiction, le rompit et le leur donna.
Alors leurs yeux s’ouvrirent et ils le reconnurent, mais il disparut à leurs regards.
C’est comme un aboutissement de notre dialogue intérieur dans la foi
qui nous permet de reconnaître Jésus caché, mais réellement présent dans l’hostie.
Il est tout aussi présent ce matin avec nous qu’avec Cléophas et son ami.
C’est dans la foi que nous le reconnaissons, il n’est pas visible à notre regard,
mais cela n’enlève rien à la simplicité et à la force de notre dialogue avec lui.
Si l’épisode des disciples d’Emmaüs est la première messe dominicale de l’histoire,
il ne tient qu’à nous de vivre une rencontre aussi riche avec Lui aujourd’hui !
Quand nous aurons communié, quand nous aurons reconnu et accueilli Jésus vivant en nous,
Alors, comme les disciples d’Emmaüs, nous ne resterons pas en place. Il faudra que nous allions en parler, le partager avec des amis tout au long de la semaine. En arrivant à Jérusalem, c’est la surprise de découvrir que d’autres aussi l’ont vu : St Pierre… Nous aussi, parlons de notre foi en famille et avec nos proches !